Noël orthodoxe et Noël catholique : pourquoi deux dates, le 25 décembre et le 7 janvier
Le 7 janvier n'est pas une autre date de naissance du Christ : c'est le 25 décembre du calendrier julien. Voici l'histoire des calendriers, la carte des Églises et le cas ukrainien, présentés factuellement.

Si les orthodoxes russes ou serbes fêtent Noël le 7 janvier, ce n’est pas qu’ils placent la naissance du Christ treize jours plus tard : c’est qu’ils comptent encore les jours avec le calendrier julien. Leur Noël tombe bien le 25 décembre, mais le 25 décembre julien, qui correspond aujourd’hui au 7 janvier du calendrier civil. D’autres Églises orthodoxes, ayant adopté un calendrier révisé, fêtent Noël le même jour que les catholiques. Deux dates, donc, mais une seule fête, et une histoire de calendriers plus que de théologie. Cet article suit cette histoire, dresse la carte des Églises et présente, de façon strictement factuelle, le changement intervenu en Ukraine en 2023.
Pourquoi le calendrier julien retarde
Le calendrier julien, hérité de Rome, compte une année moyenne légèrement trop longue par rapport à l’année solaire. Le décalage s’accumule lentement, au point qu’au XVIe siècle les dates ne correspondent plus aux saisons. Le pape Grégoire XIII promulgue donc en 1582, par la bulle Inter gravissimas, une réforme : le jeudi 4 octobre 1582 est suivi du vendredi 15 octobre, dix jours disparaissent, et les règles des années bissextiles sont modifiées.
Les pays catholiques adoptent rapidement ce calendrier. Les pays orthodoxes, eux, ne le suivent pas, pour des raisons à la fois religieuses et politiques. Résultat : l’écart entre les deux calendriers, de dix jours en 1582, grandit avec les siècles pour atteindre treize jours depuis 1900. Il passera à quatorze jours à partir de 2100. C’est pourquoi le 25 décembre julien correspond aujourd’hui au 7 janvier grégorien, et correspondra au 8 janvier après 2100.
| Calendrier | Réforme | Écart au 25 décembre julien |
|---|---|---|
| Julien | Hérité de Rome | Référence |
| Grégorien | Bulle Inter gravissimas, 1582 | 13 jours depuis 1900, 14 à partir de 2100 |
| Julien révisé | Congrès de Constantinople, mai 1923 | Identique au grégorien pour les dates civiles jusqu’au 28 février 2800 |
Quatre dates jalonnent cette histoire :
- 325 : le concile de Nicée retient que Pâques est célébrée le dimanche suivant la pleine lune pascale ;
- 1582 : la réforme grégorienne fait suivre le 4 octobre du 15 octobre ;
- 1918 : le calendrier civil grégorien est adopté en Russie par décret ;
- mai 1923 : le congrès panorthodoxe de Constantinople examine le calendrier julien révisé.
La Russie et le décret de 1918
La Russie fournit un cas d’école. Jusqu’à la révolution, elle conserve le calendrier julien. Le gouvernement soviétique adopte le calendrier grégorien par décret en 1918 : le 31 janvier est suivi du 14 février, treize jours sont supprimés. Mais la réforme concerne le calendrier civil, non le calendrier liturgique de l’Église orthodoxe russe. D’où la situation actuelle : la Russie civile vit au calendrier grégorien, tandis que l’Église fixe Noël au 25 décembre julien, soit le 7 janvier civil. Pour une présentation de cette histoire, on peut lire la page que Russian Life consacre au calendrier.
Les Églises du calendrier julien révisé
Dans les années 1920, une partie du monde orthodoxe cherche à rapprocher ses fêtes fixes du calendrier civil. Un congrès panorthodoxe réuni à Constantinople en mai 1923 examine une proposition du savant serbe Milutin Milanković, le calendrier julien révisé. Pour les dates civiles, il coïncide avec le calendrier grégorien jusqu’au 28 février 2800 ; les deux calendriers différeront de nouveau à partir du 1er mars 2800, parce que 2800 est bissextile dans le grégorien mais non dans le julien révisé.

Dans la pratique, plusieurs Églises ont adopté ce calendrier et fêtent donc Noël le 25 décembre civil. Les sources concordent sur une liste qui comprend notamment :
- le patriarcat œcuménique de Constantinople ;
- les Églises de Grèce, de Chypre et de Roumanie ;
- l’Église de Bulgarie ;
- les Églises d’Alexandrie, d’Antioche et d’Albanie.
D’autres Églises ont conservé le calendrier julien et fêtent Noël le 7 janvier : l’Église orthodoxe russe, l’Église serbe, l’Église de Jérusalem, l’Église géorgienne, ainsi que des monastères comme ceux du Mont-Athos. Quelques juridictions, notamment en Pologne, présentent une situation variable selon les paroisses : on se gardera de généraliser.
Pâques, la vraie ligne de partage
Il existe un paradoxe que l’on oublie souvent : même les Églises du calendrier révisé calculent en général Pâques avec le comput julien. Elles fêtent donc Noël avec les catholiques mais Pâques à des dates qui diffèrent souvent des leurs. Le principe de départ remonte au concile de Nicée, en 325, qui retient que Pâques est célébrée le dimanche suivant la pleine lune pascale, calculée à partir de l’équinoxe ecclésiastique du 21 mars. L’Église orthodoxe de Finlande, qui suit le cycle pascal grégorien, est l’exception généralement citée.
Pour les fidèles, la fête centrale de l’année est donc Pâques, plus que Noël. Cela éclaire la place que prennent les rites de la fin de l’hiver, dont la Maslenitsa, la semaine qui précède le Grand Carême, que nous présentons dans l’article sur les carnavals slaves.
Pourquoi le 25 décembre ?
La date elle-même a une histoire. Le 25 décembre est attesté à Rome au milieu du IVe siècle comme fête de la Nativité, par le Chronographe de 354. La fête se diffuse ensuite progressivement dans le monde chrétien. En Orient, le 6 janvier, jour de l’Épiphanie, a longtemps tenu une grande place, et l’Église apostolique arménienne célèbre toujours la Nativité et la Théophanie ensemble, le 6 janvier. Autrement dit, la diversité des dates de Noël ne date pas de la réforme grégorienne : elle plonge dans les premiers siècles du christianisme.
C’est un point à retenir : le 7 janvier n’est pas « un autre Noël », ni une divergence de dogme. La fête célébrée est la même ; seul change le calendrier selon lequel on la place.
Le cas ukrainien de 2023
L’Ukraine offre un exemple récent de changement de calendrier. En 2023, l’Église orthodoxe d’Ukraine décide d’adopter le calendrier julien révisé pour les fêtes fixes, avec un Noël célébré le 25 décembre. Dans le même temps, le Parlement ukrainien adopte en juillet 2023 une loi qui supprime le jour férié du 7 janvier et fait du 25 décembre le jour férié officiel de Noël ; le président Volodymyr Zelensky la signe le 28 juillet 2023, comme le rapportent notamment El País et la BBC. Le premier Noël fêté officiellement à cette date a donc lieu en 2023.
Le sujet exige de distinguer deux institutions que l’on confond souvent. L’Église orthodoxe d’Ukraine est passée au calendrier révisé ; l’Église orthodoxe ukrainienne liée au patriarcat de Moscou en a, pour une grande part, conservé le calendrier julien, et beaucoup de ses paroisses fêtent encore Noël le 7 janvier. La situation est donc plurielle, et des familles ukrainiennes ont gardé l’une ou l’autre habitude.

Les commentateurs ont lu ce changement de deux manières, que l’on rapporte sans trancher. La première insiste sur la justification liturgique : se rapprocher du calendrier de la majorité des Églises chrétiennes. La seconde y voit aussi une dimension nationale, dans le contexte de la rupture avec l’influence religieuse russe. Une revue culturelle n’a pas à départager ces lectures : elle peut seulement noter que les deux coexistent dans les sources.
| Point | Église orthodoxe d’Ukraine | Église liée au patriarcat de Moscou |
|---|---|---|
| Calendrier des fêtes fixes | Julien révisé depuis 2023 | Julien, en grande partie |
| Noël | 25 décembre | Souvent le 7 janvier |
| Jour férié officiel | 25 décembre depuis la loi de juillet 2023 | 25 décembre depuis la loi de juillet 2023 (loi civile) |
Une fête, deux manières de la vivre
Au-delà des chiffres, ces calendriers dessinent des expériences différentes selon les pays, mais la liturgie reste partout au centre de la fête, avec ses chants, ses cierges et ses icônes.
Les icônes, qui obéissent à des codes iconographiques précis, accompagnent cette liturgie. Pour comprendre ce langage, nous avons interrogé une historienne de l’art dans un entretien sur les icônes. Et pour situer ces traditions dans l’ensemble de la culture du pays, notre pilier Russie : histoire, culture et idées en offre une vue d’ensemble.
À retenir
Avant de conclure, un conseil de lecture : devant une date de Noël, demandez toujours quelle Église, quel calendrier et quelle année on désigne. Ces trois questions suffisent à éviter la plupart des confusions.
Le résumé tient en quelques lignes. Le calendrier julien accuse un retard de treize jours sur le grégorien depuis 1900, quatorze à partir de 2100. Les Églises qui l’ont conservé fêtent Noël le 7 janvier civil ; celles qui ont adopté le calendrier julien révisé le fêtent le 25 décembre, comme les catholiques. Pâques, elle, reste le plus souvent calculée à la manière julienne. Et l’Ukraine a, en 2023, déplacé sa date officielle, à la fois dans l’Église orthodoxe d’Ukraine et dans la loi civile.
Ce qui frappe, au bout du compte, c’est la distance entre la simplicité du fait (un calendrier qui retarde) et la richesse des histoires qu’il charrie : l’Église et le pouvoir, la science et la liturgie, la mémoire et l’identité. Savoir pourquoi deux dates coexistent, c’est déjà éviter les raccourcis.
Questions fréquentes
Les orthodoxes fêtent-ils Noël à une autre date que les catholiques ?
Cela dépend de l'Église. Celles qui suivent le calendrier julien, comme l'Église russe ou l'Église serbe, fêtent Noël le 7 janvier civil. Celles du calendrier julien révisé, comme les Églises de Grèce ou de Roumanie, le fêtent le 25 décembre comme les catholiques.
Combien de jours séparent les calendriers julien et grégorien ?
Treize jours depuis 1900. L'écart passera à quatorze jours à partir de 2100, et le 25 décembre julien tombera alors le 8 janvier grégorien.
La Russie utilise-t-elle toujours le calendrier julien ?
Pour la vie civile, non : un décret soviétique de 1918 a adopté le calendrier grégorien, le 31 janvier étant suivi du 14 février. Seule l'Église orthodoxe russe continue de fixer ses fêtes selon le calendrier julien.
Pâques tombe-t-elle aussi à des dates différentes ?
Souvent oui. La plupart des Églises orthodoxes calculent Pâques avec le comput julien, même celles qui ont adopté le calendrier révisé pour les fêtes fixes. L'Église orthodoxe de Finlande, qui suit le cycle grégorien, est l'exception généralement citée.
Qu'est-ce qui a changé en Ukraine en 2023 ?
L'Église orthodoxe d'Ukraine a adopté le calendrier julien révisé pour les fêtes fixes, et une loi signée le 28 juillet 2023 a fait du 25 décembre le jour férié de Noël à la place du 7 janvier. Certaines communautés, notamment liées au patriarcat de Moscou, ont gardé le 7 janvier.
Par la rédaction d'Idées & Nations. Notre méthode et nos sources.